Pourquoi nos adolescents quittent-ils l’Église ? Voici une question lancinante dans notre église qui ne cesse de nous tourmenter. Parce qu’il est un fait aujourd’hui, la grande majorité des personnes qui quittent l’église le font pendant l’adolescence. Cette année encore, lors du concile annuel de la Conférence Générale. Le secrétaire G. T. Ng a rappelé dans son rapport que 63,5% des personnes qui quittent notre église le font à l’adolescence, contre 35,1% à l’âge adulte. Depuis 1965, près de 14 millions de personnes ont quitté l’église adventiste (Les statistiques du rapport de G. T. Ng, secrétaire de la Conférence Générale, peuvent être retrouvés sur Twitter avec le hashtag : #GCAC17.)
Face à cette hécatombe, nous sommes parfois laissés sans ressources, ne sachant que faire. Comment se reconnecter avec ces jeunes ? Qu’est-ce qui a fait qu’ils soient partis ? Que pouvons-nous faire pour éviter que d’autres prennent la même direction ? Voici autant de questions que nous essaierons d’aborder dans cet article. Bien évidemment, il ne sera pas possible de pouvoir tout analyser et tout identifier. Chaque décision de vie est riche et complexe et surtout multifactorielle. Mais je crois qu’il y a plusieurs éléments qui peuvent nous donner matière à réflexion. Car j’en suis sûr, il ne faut pas être fatalistes : il y a des choses à faire. Cette situation, aussi grave soit-elle, doit nous servir de moteur pour une remise en question et pour des changements ! C’est ce qu’à compris Roger Dudley (Sociologue adventiste, il a dirigé l’Institue of Church Ministry de l’université Andrews (à Berrien Springs, Michigan, Etats-Unis)) qui a dirigé une grande enquête auprès de 695 églises et de 1523 adolescents. Ils ont été sélectionnés pour représenter toutes les régions des États-Unis et du Canada. Chaque année pendant 10 ans, ils ont été soumis à un questionnaire. Sur les 1523 jeunes, 783 ont collaboré jusqu’au bout. Cette enquête a révélé les principaux facteurs dans la vie des adolescents de notre église qui pourraient nous laisser prévoir lesquels seront encore présents et actifs dans l’Église 10 ans plus tard et lesquels seront partis ou devenus inactifs.
Même si cette étude a été menée aux États-Unis et au Canada, les résultats restent universels et tout à fait d’actualité pour notre réalité. Ainsi nous nous proposons de partager avec vous quelques résultats (Vous pouvez trouver cette étude dans Roger L. DUDLEY, V. Bailey GILLESPIE, Valuegenesis : Faith in the Balance, La Sierra University Press, Californie, 1992), nous avons également intégré plusieurs témoignages reçus par Roger Dudley nous semblant pertinent.
La moitié des jeunes se désintéressent de l’église
L’enquête a révélé qu’à 25 ans, 48% des adolescents adventistes auront quitté l’église ou seront devenus inactifs. Un résultat qui fait froid dans le dos et qui confirme tristement une réalité à laquelle nous sommes tous confrontés. Mais qu’est-ce qui fait qu’ils aient décidé de partir ?
Nos jeunes partent parce qu’ils se sentent étrangers et non intégrés. Ils ressentent une incohérence entre le discours que l’église peut avoir et son comportement. Ils vivent parfois l’intolérance et dénoncent ce qu’ils prennent pour une certaine complaisance. Ils pointent du doigt des conflits personnels entre membres. Il est tout particulièrement important et intéressant de noter qu’à chaque fois qu’il leur est demandé les raisons pour lesquelles ils ont quitté l’église, à aucun moment, il n’est fait mention de raisons doctrinales.
La principale raison : le sentiment de ne pas être acceptés par leur église. Quand on leur demande de la décrire, ils utilisent volontiers des adjectifs comme : froide, distante, non amicale…
Voici par exemple le témoignage de Shirley, 26 ans :
« On peut être assis sur un banc d’église, entourée de gens, et se sentir encore plus seul qu’assis dans un parc, jouant au solitaire. C’était la première raison. Plus tard, je me suis sentie attirée par Dieu et j’ai à nouveau fréquenté l’église adventiste, et j’ai à nouveau perdu tout intérêt. Mais cette fois, ce fut pour une raison tout à fait différente : Jésus. J’ai besoin d’entendre parler de Jésus. J’ai besoin de m’entendre dire qu’il m’aime. J’ai besoin que quelqu’un me rappelle comment il a démontré son amour pour moi. »
Et quand il leur a été posé la question suivante :
« Lorsque vous avez quitté l’église ou avez cessé d’être actif dans l’église, avez-vous reçu :
- une visite du pasteur ?
- un appel téléphonique du pasteur ?
- un appel téléphonique d’un membre ?
- une lettre de quelqu’un de l’église ? »
Moins de 15% d’entre eux ont pu répondre au moins un « oui » à cette question. Ce qui nous montre ici un problème important. Cela remet bien évidemment les pasteurs en question, mais pas que… Nous avons parfois le réflexe d’aller voir notre pasteur quand nous constatons, que quelqu’un ne vient plus à l’église depuis un moment. Mais nous avons parfois tendance à oublier de la contacter nous-mêmes. Car nous pensons que ce n’est pas notre problème ou nous pensons que quelqu’un d’autre le fera. Et malheureusement, nous tombons sans le vouloir dans une telle situation. Développons-nous les relations avec nos jeunes dans nos églises ?
Voici le témoignage de Marlène :
« Un Sabbat, j’ai lu sur le bulletin l’annonce de travaux prévus pour le lendemain. J’ai pensé : « Voilà un bon moyen de faire connaissance avec les autres membres d’église. » Je suis arrivée à l’église une demie-heure plus tôt, j’étais si désireuse de bien commencer ! Comme les membres arrivaient, j’ai posé des questions pour savoir à quelle tâche j’allais m’attaquer d’abord. Personne ne semblait vouloir de mon aide. (…) Finalement, et à contrecoeur, on m’a envoyée peindre la salle de classe et les toilettes avec trois autres membres d’église plus âgés.
Les trois autres discutaient entre eux pendant le travail, en m’ignorant totalement. J’ai peint en silence pendant six heures. Je suis rentrée chez moi très déçue, et j’ai versé beaucoup de larmes, ce soir-là. Pourtant, j’ai continué à fréquenter l’église, chaque Sabbats, même si je me sentais de plus en plus mal à l’aise. Je regardais attentivement autour de moi à l’église, tous ces visages familiers, mais qui m’étaient en réalité étrangers. J’ai encore regardé la femme à côté de moi, mais elle aussi était une étrangère. Je me suis levée et j’ai quitté la salle en pleurant. Je n’y suis plus jamais retournée. »
Facteurs de retour
Fort heureusement, si des jeunes et des personnes quittent parfois l’église, il ne sont pas fermés à l’idée de pouvoir revenir ! 15% disent qu’un retour est vraisemblable, 26% peu probable et 33% hésitent à revenir. Et quand on leur demande quel facteur serait déterminant pour un retour ? La réponse est toujours la même : la Fraternité.
« Une vieille amie m’a envoyé une carte de Noël. C’est la seule que j’aie reçue cette année-là. Elle ne m’a pas jugé ni questionné sur la raison de mon départ, et ne m’a pas condamné non plus. Elle était tout simplement mon amie. »
C’est par notre amitié, par des coups de téléphone, des visites que nous pourrons donner envie à ceux qui nous ont quittés de revenir.
Facteurs de maintien
Parmi ceux qui ont été interrogés, il y a également ceux qui sont restés dans l’église et qui ont pu en invoquer les raisons. Pour une grande majorité d’entre eux, le vécu familial a eu un impact fort. Il ne faut pas oublier que les trois personnes les plus influentes dans la conversion d’un jeune sont : la mère, le père et les grands-parents (Selon l’étude Valuegenesis de 2006, menée par notre Division (EUD).) Lorsque le père et la mère sont toujours mariés ensemble, qu’ils sont tous les deux adventistes, fréquentent et sont engagés dans l’église, que le culte familial est pratiqué au foyer, il y a plus de chances de garder les jeunes dans l’église.
Il nous semble important ici de rappeler un point important pour tous les parents qui essayent ou ont essayé de faire de leur mieux pour partager leur foi et qui pourtant ont vu leur(s) enfant(s) prendre une direction opposée. Car s’il est important de savoir où nous devons travailler, il l’est encore plus de ne pas se culpabiliser. Car malgré tout ce que l’on peut mettre en place, il faut se souvenir que nos enfants restent libres de choisir ! S’il existait un mode d’emploi, qui ferait que nos jeunes soient à coup sûr des chrétiens, où serait la liberté ? N’oublions pas que Dieu, pédagogue parfait, a perdu un tiers des anges. Enfin, ce n’est pas non plus parce qu’un jeune ne vient plus à l’église qu’il n’a pas de relation avec Dieu. N’oublions pas que le Christ ne s’est présenté que comme un semeur et ne nous demande d’être que des semeurs. Le Saint-Esprit faisant le reste.
Les autres éléments favorables au maintien, sont les activités dans l’église locale qui amènent à une vie personnelle avec Dieu. Un entourage qui vit également de manière cohérente ce qu’ils croient. Enfin, une église qui accueille sans juger, plus basée sur les relations que les règles. Qui est pertinente dans ses enseignements avec les réalités de vie de chacun.
L’enquête a révélé que la pertinence de l’église se mesure (selon eux) à trois données :
1- intérêt des prédications du Sabbat matin.
2- satisfaction des besoins spirituels.
3- satisfaction des besoins sociaux.
Quand ces facteurs sont réunis, nos jeunes se sentent de suite plus à l’aise et impliqués dans l’église, voici quelques témoignages :
« Mon église est pleine de gens qui vous manifestent un amour chrétien… En somme, ce sont des gens merveilleux. »
« Je me suis senti accepté. C’est là que je dois être et que j’ai ma place. »
« L’église, du moins la mienne, a de quoi offrir pour que je m’implique… C’est génial de faire partie d’une église qui est vivante, qui grandit et, plus encore, de savoir que j’ai contribué en partie à en faire ce qu’elle est. »
Quand ces facteurs ne sont pas présents, il nous faut parfois écouter notre jeunesse, car ce sont souvent eux qui nous lancent les appels les plus pressants, en voici deux :
« Quand donc apprendrons-nous ? Si le monde ne peut trouver Jésus en nous et dans nos églises, où le trouvera-t-il ? Notre religion ne devrait pas être basée sur des règles, mais sur des relations. Je crois que le Christ est très triste quand il voit l’état actuel de l’église adventiste. Chaque jour, je prie pour notre église. Je supplie Dieu d’aider ceux d’entre nous qui sont aveugles à se réveiller et à considérer la récolte. Que nous nous arrachions à nos confortables bancs de traditionalisme froid et immuable. Que nous puissions aller vers nos jeunes et les aimer, aimer leurs amis, et ramener ainsi à Jésus ce monde empreint de solitude. » Célèste.
« Quoi que vous fassiez dans la vie, traitez les gens avec respect. Les adventistes du septième jour peuvent avoir la vérité, mais souvenez-vous qu’il faut l’utiliser avec tendresse. Je pense que notre travail consiste à montrer aux autres comment laisser entrer Dieu dans notre vie. Laissons-lui le soin de restaurer l’intérieur, et le reste suivra. Je veux que mes enfants aillent à l’église et à l’École du sabbat, mais je préférerais qu’ils aient une saine relation avec le Seigneur plutôt qu’un record de présence à l’église. » Patricia.
Ce qu’ils attendent et ce qui les dérange dans l’église
Quand on leur demande ce qu’ils attendent de leur église, voici les trois domaines qui reviennent à chaque fois : fraternité chrétienne, nourriture spirituelle, sécurité et stabilité.
Et quand on leur demande ce qui les dérange le plus dans leur église, voici les cinq réponses fréquentes :
- Attitude de jugement.
- Politique d’administration de l’église. Des processus lourd, mal compris qui empêchent selon eux à la spontanéité et au vécu spirituel.
- Hypocrisie et commérages.
- Règlements et codes.
- Attitude « plus que moi tu meurs. » Besoin d’authenticité.
Autant de facteurs, qui sauront réveiller en nous l’un ou l’autre vécu et qui doivent aider à nous remettre en question.
L’église idéale ?
À la fin de son étude, Roger Dudley, tente de dessiner un portrait robot d’une église idéale aux yeux des jeunes sondés :
- Amicale et attentive. Une église affectueuse, où l’on se sent bienvenu. Avec des gens qui ont un sentiment d’appartenance. Une famille dont l’amour est inconditionnel.
- Spiritualité profonde. Une église qui vit réellement une relation avec Dieu. Des membres qui marchent sur le chemin avec eux. Et pas des personnes qui parlent sans ne rien vivre.
- Comme une famille. Une église qui a de l’intérêt les uns pour les autres. Une église qui est capable de fonctionner comme une vraie famille, dans laquelle il y a respect et amour. Une église aussi qui se concentre sur les enfants.
- Impliquée dans la société et dans la mission. Une église qui contribue dans la société dans laquelle elle se trouve. Qui est active dans ses efforts pour toucher les personnes qui l’entourent. Une église qui a un réel ministère et qui n’est pas une forteresse où tout le monde se barricade pour que personne n’y rentre.
- Un climat de réflexion. Une église capable de se remettre en question, de remettre en question ses croyances sans que quiconque soit choqué. Un endroit où les idées peuvent être confrontées et débattues. Où l’on se sent stimulé à partager, à réfléchir. Une église, qui n’a pas peur aussi de poser des questions, sans forcément y apporter des réponses. Une église qui sait reconnaître ses limites en la matière. Un lieu à la pensée plurielle.
- Des jeunes impliqués dans l’Église. Une église où davantage de jeunes adultes occupent des fonctions. Et davantage d’adultes disposés à enseigner ces jeunes, à les guider vers la lumière.
« Je suis partie comme étudiante missionnaire pendant un an. (…) on me donnait beaucoup de responsabilités. Beaucoup trop parfois ! Mais de retour chez moi, je me suis soudain sentie inutile au sein de mon Église. Je m’attendais à avoir l’occasion de parler de mes expériences, mais, à ma grande déception, l’Église ne m’a accordé que dix minutes pendant l’École du Sabbat. À la fin de mon exposé, je leur ai dit que j’aimerais bien terminer mon histoire, mais je n’ai plus été invitée. » Sally. - Un culte significatif. Une église avec des programmes satisfaisant pour les gens de tous âges et de toute origine. Avec moins de traditionalisme et plus d’ouverture à l’acceptation de nouvelles idées et ouverte au changement. Une église, qui met du sens dans ce qu’elle fait. Qui ne répond pas par : « on a toujours fait comme ça. »
- La diversité. Une église qui accueille une diversité de gens qui s’acceptent les uns les autres pour ce qu’ils sont, et non pour ceux qui voudraient qu’ils soient.
Voici donc ici un petit florilège qui peut servir de matière à réflexion pour votre groupe ou votre église. Ainsi plus que les croyances, plus qu’un culte attrayant, nos jeunes ont besoin d’authenticité, de personnes qui vivent avec Dieu avec tout ce que cela implique. Des personnes capables d’admettre leurs échecs. Ils veulent des compagnons de route et non pas des maîtres à penser qui ont toutes les réponses.
C’est déjà, ce que nous disait Philippe Zeissig dans l’une de ses chroniques :
« Les hommes tracent sur leur planète des voies de communication de plus en plus visible. Les autoroutes, par exemple, pas besoin d’être dessus pour les voir : elles se signalent de loin par leurs ouvrages d’art qui franchissent audacieusement tous les obstacles, et par leur puissante trajectoire à travers champs et bois. Autrefois, les routes étaient dans le pays ; maintenant, on dirait que c’est le pays qui est entre les routes.
Pourtant, il reste quand même des forêts où, pour ne pas être perdu, le Petit Poucet pourrait semer ses cailloux blancs. Et il reste des vallées et des montagnes où les chemins sont bien cachés. Tellement cachés, même, qu’on ne les voit pas si quelqu’un n’est pas en train d’y marcher.
« Eh ! il doit y avoir un chemin, là ; il y a quelqu’un qui monte ! »
Il y a des chemins que l’on ne voit que grâce à quelqu’un qui y marche.
Dans notre monde comme il va, qui marchera sur le chemin de l’Espérance pour qu’on voie qu’il y en a un… qu’il y en a une ? »
Philippe ZEISSIG, Une minute pour chaque jour, Ouverture, Olivétan, Opec, Le Mont-sur-Lausanne, Neuchâtel, Lyon, 2013 (1ère éd. 1983), p. 9.

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