Pour une foi équilibrée


Beaucoup de gens n’ont pas la foi. Les uns s’en vantent en déclarant que c’est un sentiment enfantin, indigne d’un homme de raison et intelligent ; les autres s’en désolent, ils considèrent la foi comme un mystère impénétrable qui ne va pas avec leur tempérament ou leur culture. Ils voient les avantages d’être un croyant mais se jugent incapables d’y participer.

« Celui qui a la foi possède tout et ne peut rien perdre, et celui qui n’a pas la foi n’a rien. Je sens cela de façon d’autant plus aiguë que j’appartiens à ceux qui ne l’ont pas. »
Tourgueniev.
Il y a c’est vrai cette impression, qu’il s’agit de quelque chose que certains ont, et d’autres pas. Et il n’y a rien à y faire.
Est-ce que c’est cela la foi ou bien c’est une chose que l’on peut développer ?
Il est d’autant important de répondre à ces questions que la Bible nous dit que nous sommes sauvés par la foi (Jn 3.16) et Habacuc de rajouter que le juste vivra par elle (2.4). Elle a donc une portée éternelle mais également dans notre vécu quotidien.

1- Définition de la foi :
C’est étonnant de constater que parmi ceux qui ont la foi, ou qui pensent l’avoir, il y en a peu qui puisse dire ou savent ce qu’elle est. Il ne s’agit pas de dire que pour être un vrai croyant qui a la foi, il faut la connaître de manière technique, théologique, non : on peut très bien posséder une foi véritable sans pour autant être capable de l’analyser, comme on peut aussi ne pas posséder la foi tout en en donnant une définition irréprochable.
Mais il est peut être important pour une personne ayant la foi d’en connaître les raisons et par la suite, les manifestations.

Si dans la Bible on nous parle beaucoup de la foi, peu de textes la définisse. Il y en a en fait qu’un seul et c’est celui qui nous a été lu ce matin :

He 11.1 : «Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas.»

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai souvent l’impression que ce texte ne nous avance pas tellement à grand chose. Je suis même tombé sur un commentaire qui disait avec humour :
«Cette explication me semble éclairante. Elle l’est autant qu’une définition de dictionnaire. Au lieu d’un mot difficile à comprendre, nous en avons une flopée.»

Il est vrai que quand je donne ce texte au cours d’études bibliques ou de catéchèses comme définition de la foi, je fais souvent face à de gros yeux interloqué qui se demandent qu’est-ce que l’auteur veut bien dire par là. Il convient donc de l’expliquer. Il y a deux mots principaux à définir : «assurance» et «démonstration». Tâche qui n’est pas si simple, puisque leur traduction est large. Voici les choix que certaines Bibles ont faites :

Les deux termes utilisés en grec permettent deux conceptions différentes de la foi qui ressortent ici.
– Une conception subjective : la foi est en l’homme. C’est le cas pour Lsg et la version Drb : une disposition qui vient de l’intérieur.
– Une conception objective : la foi ne vient pas de l’homme, mais de Dieu. C’est un don qui est fait.

Nous faisons donc face à deux sens différents. Sont-ils contradictoires ? Complémentaires ?

A la question posée : Qu’est-ce que la foi ? La réponse standard, traditionnelle c’est : croire en Dieu. Cette réponse semble en tout cas correspondre à ce que le dictionnaire nous dit :
Foi : Le fait de croire en Dieu, en des vérités religieuses.
Définition en accord avec certains dictionnaires bibliques qui donnent comme définition de la Foi (Editions du moulin) : voir le mot «croire».

Ainsi la foi se serait tout simplement croire en Dieu. Vision résolument intellectuelle. La foi impliquerait la connaissance de certaines choses, qui vont servir de base. Point de vue qui semble être confirmé par le verset 3 du chapitre 11 de l’épître aux Hébreux.
Donc visiblement il n’y a pas de foi véritable sans la connaissance de Dieu, c’est d’ailleurs toute la question de l’aveugle né : Jn 9.36. Il veut croire, mais il veut surtout savoir en qui.
Il n’y a donc pas de foi sans croyance, mais est-elle une fin en soi ? Est-ce qu’être chrétien c’est uniquement et simplement avoir de vastes connaissances en matières religieuses, approuver un ensemble de vérités, une profession de foi ?

Voici ce que nous dit Jc 2.19. Embêtant, il nous est dit ici que la croyance ne suffit pas, qu’est-ce qui fait la différence ?

2- La confiance :
John Patton (1824-1907), un écossais, partit en mission pour évangéliser des tribus aux Nouvelles Hébrides (un archipel du Sud-Ouest du Pacifique). Patton décida de travailler à la traduction de l’Evangile de Jean. Mais il n’arrivait pas à trouver un équivalent, dans leur langue, au mot «foi» ou «croyances» ou «confiance», personne dans ce pays ne faisant confiance à quiconque.
Mais il finit par découvrir le moyen d’y arriver. Un jour, un membre de la tribu entra dans une salle que Patton avait aménagé comme bureau. Il s’assit bien au fond de sa chaise, souleva ses deux pieds du sol et lui demanda : «Qu’est-ce que je suis en train de faire, là ?» Pour lui répondre, son interlocuteur utilisa un mot qui voulait dire : «s’appuyer de tout son poids sur.» Et voilà l’expression que Patton utilisa. Croire, c’est «s’appuyer de tout son poids» sur Jésus et ce qu’il a accompli sur la croix.

Il y a ici bien plus que le simple fait de croire ou de connaître. La foi fait appel également à la notion de confiance. Quand on s’appuie de tout son poids sur, c’est que l’on a confiance que cela tienne. Et cela née d’une relation, il y a une dimension émotionnelle importante. Un enfant a confiance en ses parents, parce qu’il les connaît et a une relation avec eux. Nous n’avons pas confiance en un inconnu, parce qu’il n’y a pas de relation ou de lien émotionnel.
C’est par le coeur que nous avons confiance en Dieu, et cette confiance est fortifiée par la connaissance que nous avons du caractère de Dieu.

«La foi n’est donc pas fondée sur l’évidence d’une vérité, mais sur la confiance qu’inspire Dieu et sa toute-puissance.» Maurice Goguel.

En marchant côte à côte, la croyance et la confiance vont grandir ensemble au bénéfice l’une de l’autre.

Nous en savons déjà un peu plus. Mais est-ce la seule différence entre nous et les démons ?

3- L’engagement :

Mc 16.16.
La condition pour être sauvé ? Crois, soit baptisé et tu seras sauvé. Jésus n’a pas dit crois et tu seras sauvé, il y a ce deuxième temps, celui du baptême. Attention, le baptême non pas comme acte magique qu’il suffit de faire pour être tranquille. Mais le baptême comme conséquence de notre adhésion à Dieu. De notre choix de vivre avec lui. D’ailleurs en Hébreu, le mot foi «émouna» veut dire : fidélité, engagement, adhésion.

Je vis une relation avec Dieu, je découvre son amour, je lui fait confiance et je le choisis.
La foi ne doit pas se contenter des promesses de Dieu, mais elle doit les faire passer dans la vie du croyant. Et cela nous change.

Je ne sais pas si vous connaissez Jean-François Gravelet (1824-1897), peut-être connaissez-vous son nom de scène : Blondin. C’était un équilibriste et acrobate très connu. Il s’est surtout distingué pour ses nombreuses traversées au-dessus des Chutes du Niagara. Il accomplissait cet exploit sur un câble de 335 mètres de long tendu à 50m de haut au dessus des chutes. Des foules entières venaient l’admirer. Il commençait d’une façon relativement simple, en se servant d’une perche qui l’aidait à se tenir en équilibre. Puis il jetait sa perche et commençait à stupéfier son public.
Un jour, en 1860, des membres de la famille royale d’Angleterre sont venus avec des invités pour admirer ses prouesses. Il traversa une première fois la corde. Ensuite, il recommença les yeux bandés. Puis il s’arrêta au milieu de la corde et se fit une omelette qu’il mangea. Enfin, il traversa avec une brouette sous les applaudissement de la foule. Il recommença avec un sac de pommes de terre dans la brouette sous une ovation encore plus forte. Après cela, il s’approcha de la famille royale et posa cette question au Duc de Newcastle : «Pensez-vous que je sois capable de faire traverser un homme dans cette brouette ?»
«Oui» dit le duc.
«Et bien je vous propose de monter.» répliqua Blondin.

La foule devint silencieuse, attendant la réponse du duc. Il refusa. Blondin se tourna alors vers la foule : «Pensez-vous que je sois capable de faire traverser un homme dans cette brouette ?»

«Oui» cria la foule.

«Qui est volontaire ?»

Un nouveau silence se fit. Personne ne semblait vouloir être volontaire… Finalement, on vit une vieille dame s’avancer et s’installer dans la brouette. Blondin lui fit faire l’aller-retour au-dessus des chutes. Cette vieille dame, c’était sa mère, la seule personne qui avait bien voulu remettre sa vie entre ses mains.

Hé bien, il en va ainsi de la foi qui ne se limite pas à une démarche intellectuelle, émotionnelle, elle implique aussi un engagement concret : celui de nous en remettre à Jésus, en toute confiance.


La foi comprend donc toujours 3 éléments au moins :
1- Un élément intellectuel, la croyance qui engage l’intelligence.
2- Un élément sentimental, la confiance qui engage le coeur.
3- Un élément volitif, le choix qui engage la volonté et la conscience.

A la lumière de ces 3 dimensions, on comprend mieux pourquoi l’auteur de l’épître aux Hébreux a choisis ces mots grecs qui nous donnent deux conceptions de la foi possibles. Elles ne sont pas contradictoires mais bien complémentaires. Cela vient de Dieu, c’est un don, il se révèle à nous, touche nos coeurs. Mais l’homme doit en retour s’engager, le choisir.
C’est ainsi qu’Alfred Vaucher déclarait : «La foi est l’acte de l’homme total : intelligence, coeur et volonté.»

4- Application :
Et cette compréhension entraîne toute une série de conséquences dans notre vécu personnel et communautaire.

En tant qu’adventiste, nous avons toujours prôné l’équilibre. Nous avons assez rapidement mis l’accent sur un vision holistique de l’homme. A savoir de le considérer dans sa globalité, comme un tout : physique, psychique et spirituel. En insistant sur l’importance d’un équilibre entre ces 3 dimensions. Nous avons également été des pionniers en matière de santé et d’alimentation prônant encore dans ce domaine les bienfaits d’une vie et d’une nutrition équilibrée.
Mais force est de constater qu’en matière de foi, nous avons tendance, et moi le premier, a être assez bancals. Les adventistes sont ceux qui connaissent bien leur Bible, qui sont capables de l’étudier, de pouvoir argumenter, discuter. Ce qui est une grande qualité, mais bien souvent notre foi n’a dépendu que de cette dimension. Nous avons eu et avons un peu peur des émotions.

Cela découle de notre histoire, les pionniers ont dû très vite prendre du temps pour l’étude afin d’affirmer et de préciser nos croyances. Et nous sommes resté dans cette dynamique cérébrale qui est bonne. Mais le problème vient quand elle est notre unique approche de Dieu et de sa parole. Il y a eu il est vrai de l’engagement, des gens qui ont tout donné pour Dieu, mais au vue de l’adventisme en général, on sent un fort accent mis sur le savoir, la raison.

Le sabbat est l’endroit où notre foi s’exprime et s’enrichit, elle reflète qui nous sommes. Là encore la raison y tient une place primordiale, un peu pour l’engagement. Mais pour ce qui est de l’émotion, nous l’avons amoindrie, voire même dans de rare cas, rejetée.

Et c’est la raison pour laquelle les milieux charismatiques ont autant de succès. Jusqu’à présent les églises protestantes ne faisaient que parler, étudier… Et voilà une église qui vibre, qui est émotionnelle.
Le danger, bien sûr c’est de ne baser notre foi que sur l’émotion comme unique critère pour savoir ce qui est bien ou pas. L’argument sera : je le sens pas comme ça, je ne le vit pas comme cela. Et bien sûr ce n’est pas bon.
Le danger aussi c’est de ne baser notre foi que sur la raison, ne faisant que peu ou aucune application dans notre vie. Je suis d’accord avec toutes les valeurs que Dieu nous propose, les textes sont d’une richesse incroyable.
Le danger c’est de ne baser notre foi uniquement sur l’engagement, se jetant à corps perdu pour Dieu et pour les autres en s’oubliant soi-même.
Ayons une foi équilibrée. Vivons des cultes équilibré. Vous savez il n’y a pas encore eu dans notre Eglise de réelle réflexion sur nos liturgies à l’échelle mondiale. La liturgie que nous avons est ce qu’on pourrait appeler une «liturgie par défauts». Comme je vous l’ai dit précédemment, nos pionniers devait en premier lieu préciser leurs croyances, tout l’aspect dogmatique. Ainsi ils n’ont pas pris le temps d’une réelle réflexion sur le vécu, les liturgies. Ils ont ainsi repris des cantiques qu’il y avait dans les autres dénominations. Ils ont repris un déroulement qui se vivais dans le méthodisme, dans le baptisme et d’autres dénominations.
Aujourd’hui nous avons eu le temps de préciser nos croyances, même si cela évolue encore et doit continuer à grandir. Mais le besoin d’une réelle réflexion sur notre manière de vivre la foi, sur notre liturgie se fait sentir de plus en plus fort.
Alors n’oublions pas que ce que nous avons vécu jusqu’à présent n’est pas forcément mauvais, mais peut être incomplet. Cherchons l’équilibre de la foi dans notre vécu personnel, mais également dans notre vécu ensemble. N’ayons pas peur des émotions, gardons cet force de la raison, et engageons-nous non pas uniquement
le samedi, ou un samedi par mois ou par trimestre. Mais engageons-nous à vivre chaque jours avec Dieu. A l’accueillir au quotidien dans notre vie.

Conclusion :
Quand un enfant saute du haut d’un mur dans les bras de ses parents, c’est 1 parce qu’il les connais (croyance), pour cette raison il a confiance en eux (émotion) c’est pourquoi il se jette (engagement) dans leurs bras.

Amen.

Une réponse sur « Pour une foi équilibrée »

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  1. J’aime bien l’image de la brouette au dessus du vide.Que Dieu nous donne la force de faire le pas…Je suis fier de toi fils.

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